Conférence de François Gemenne "les migrations des populations face au dérèglement climatique"le 22 février à Ferney-Voltaire

Le dérèglement climatique

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François Gemenne, spécialiste des questions migratoires, a tout d’abord brossé un portrait actuel des derniers relevés scientifiques du réchauffement climatique et des migrations au niveau mondial.
Tous les jours, des femmes et des hommes sont forcés de quitter leur lieu d’habitation en raison de la dégradation de leur habitat, conséquence des émissions des gaz à effet de serre émis par pays industrialisés.
Il n'y a jamais eu aussi peu de glace sur terre depuis que l'on mesure les températures de la planète. Conséquence avec le réchauffement de la température de l’eau : la hausse du niveau de la mer. Des territoires vont disparaître. Des déplacements importants de population vont s'opérer. En 2016, 26 millions d’humains ont migré à cause de catastrophes naturelles, c’est plus que les migrants fuyant la guerre.
Combien de personnes seront déplacées à horizon 2050 ? Difficile de faire des projections. La réponse dépend des politiques publiques qui seront mises en œuvre et le respect des engagements des pays à limiter à 2 degrés la hausse des températures. Mais ce n'est pas le chemin qui est pris... le scénario le plus crédible prévoit une hausse de 4 degrés. L'habitabilité du monde va être bouleversée. Plusieurs régions du monde vont devenir inhabitables... avec des niveaux de température qui ne seront plus supportés par le corps humain et des régions submergées par la mer qui monterait de 6 mètres. En Europe, des Etats verront leur territoire se réduire de façon drastique si rien n’est fait. En Asie, ce sont des millions d'habitants du bord de mer qui seront concernés.

Alors comment agir ?

Les actions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre sont incontournables pour contenir les dérèglements climatiques mais ne l’enrayeront pas.

Pourquoi est-il si difficile d’agir ?

Aujourd'hui les énergies fossiles sont toujours très abordables économiquement.
D’autre part, il est difficile d'avoir un débat serein et apaisé, d’autant que nous sommes à l’ère de la « post-vérité » : l’avis de monsieur-madame tout le monde vaut autant que les études scientifiques dans l’opinion publique.
Plusieurs facteurs expliquent les migrations : environnementales, politiques et économiques. Les gens migrent pour une grande variété de raisons. Le conflit en Syrie en est une illustration qui s’explique en partie par une série de sécheresses entre 2007 et 2010, avant le début du conflit.
Enfin, il existe un décalage de deux générations entre les émissions de gaz à effet de serre et les effets climatiques de ces émissions. Nous faisons l’expérience des émissions des gaz à effet de serre des émissions des deux générations précédentes. Ce sont nos petits enfants qui subiront les émissions actuelles. La notion d’état et de frontière est remise en question par le dérèglement climatique. Cet enjeu planétaire nous impose à réfléchir ensemble, pour trouver des solutions à l’échelle de l’humanité.


La conférence s’est terminée par une série de questions-réponses avec le public.